Chapitre 5 : La pureté de la race nordique dans l’espace européen
Selon Siegfried Gutenbrunner, l’espace du Germain est un espace en expansion depuis des siècles grâce à la pureté et simplicité du Germain. Son livre Germanische Frühzeit in den Berichten der Antike (Les périodes germaniques anciennes dans les récits de l'Antiquité, 1939) se conclut par deux cartes, l’une décrivant l’Europe aux IVe et IIIe siècles avant notre ère, l’autre représentant l’Europe centrale (Mitteleuropa) au « temps des migrations des Cimbres ». Cette dernière figure un espace qui va du nord de la péninsule danoise jusqu’au nord de la péninsule italienne et des frontières orientales actuelles de la France jusqu’aux frontières orientales actuelles de l’Allemagne. Cet espace est à peu près celui de l’Allemagne à l’époque de Gutenbrunner. Les noms des peuples qui vivent dans cet espace sont indiqués en lettres majuscules de différentes tailles, la plus grande d’entre elles étant réservée aux Gallier et aux Westgermanen. Dans les deux cas, l’espace des Germanen ou des Westgermanen se trouve au centre de la carte.
Sur la première carte, cet espace correspond à un territoire qui comprend le Danemark actuel, le nord de l’Allemagne et le sud de la Suède. L’objectif est sans doute que le lecteur puisse se représenter le berceau des Germains. Mais le territoire couvert par l’appellation Germanen est beaucoup plus étendu. Cela suggère sans doute l’élan, le mouvement dont ce peuple aurait été capable. Le terme de Germanen est d’ailleurs le seul à figurer deux fois sur la carte. Il apparaît ainsi que les Germains auraient diffusé leur force vitale vers d’autres peuples, les' peuples arctiques' au Nord, les peuples celtes au Sud. Une dynamique d’expansion en partie semblable peut être observée sur la seconde carte. Les migrations des « Cimbres », un peuple supposé proche des Germains, vont uniquement vers le sud et paraissent repousser les « Gaulois » vers d’autres territoires. Le message sous-jacent des deux cartes semble être que les Germains sont originaires d’un espace proche de la mer Baltique, mais qu’ils manifestent une force vitale d’expansion qui les pousse à conquérir de nouveaux pays.
En même temps, le Germain est lié à l’espace, il est formé à l’espace dont il s’est formé :
C’est par l’action simultanée de toutes ces forces, qui, depuis le début de l’ère glaciaire, ont transformé la répartition originelle de la terre et de la mer, des montagnes et du sol, qu’est apparue l’organisation du paysage en Europe centrale et en Europe du Nord, organisation qui a donné sa singularité à l’espace de vie (Lebensraum) des Germains. Dans l’ancienne Germanie, c’est-à-dire au début de l’époque romaine, on peut distinguer trois grands espaces : les hautes terres scandinaves dans le Nord qui, en Norvège, se dressent abruptement au-dessus de la mer tandis qu’en Suède elles descendent doucement vers la mer Baltique ; puis la ceinture de plaines au bord de la mer du Nord et de la mer Baltique qui est structurée par la variété du relief littoral et par la composition changeante des sols ; enfin le territoire des montagnes du centre, entre la grande plaine du nord de l’Allemagne et les Alpes, où les collines boisées et leur grande influence sur le climat décident de la silhouette du paysage. (Gutenbrunner 1939, p.12)
Gutenbrunner explique que le rapport au sol est un trait caractéristique du Germain, que le rapport entre peuple et sol, ou plus exactement entre sang et sol (Blut und Boden), est particulièrement signifiant pour lui :
Chez aucun autre peuple indo-européen, le sol (Boden) habité depuis les débuts des temps historiques n’a eu la même importance que chez les Germains. Toutes les disciplines des sciences préhistoriques s’accordent sur le fait que la germanité est apparue à la fin de l’Âge de pierre dans un espace situé entre l’estuaire de l’Elbe et la Scanie et qu’elle s’y est développée dans toute sa singularité, ainsi que dans les régions voisines, sans apport notable de sang (Blut) étranger.
Chez aucun autre peuple indo-européen, le sol (Boden) habité depuis les débuts des temps historiques n’a eu la même importance que chez les Germains. Toutes les disciplines des sciences préhistoriques s’accordent sur le fait que la germanité est apparue à la fin de l’Âge de pierre dans un espace situé entre l’estuaire de l’Elbe et la Scanie et qu’elle s’y est développée dans toute sa singularité, ainsi que dans les régions voisines, sans apport notable de sang (Blut) étranger. (Gutenbrunner 1939, p. 8-9)
Selon Gutenbrunner, les Celtes aussi étaient un peuple nordique, mais trop mélangé et, par conséquent, pas assez courageux. Les Germains trouvent leur destin dans la vitalité virile qu’ils ont mis au centre de leur religion : « La religion germanique s’adresse à l’homme courageux, volontaire, à l’homme qui est fermement enraciné dans le cercle de son clan familial et de ses amis. » Pour Gutenbrunner en effet, le Germain a conçu une religion de guerrier qui n’a peur ni de sa propre mort, ni de celle de ses proches, dans la mesure où cette religion est enracinée dans le collectif, pour lequel l’individu travaille et d’où il reçoit son élan, son énergie et sa force. À l’appui de cette thèse, il cite un poème du scalde islandais Egill, poème que celui-ci a rédigé juste avant sa mort et qui devient pour Gutenbrunner l’expression parfaite de l’âme guerrière du Germain :
Le poète islandais exprime par ces mots ce qui était familier aux Germains du Nord comme du Sud, au cours des guerres contre les Romains comme lors des expéditions des Vikings ; il montre que, face à la fin du monde, même au moment de la chute du clan, dans lequel s’enracine pourtant la totalité de la vie et des sentiments du Germain et où il trouve un véritable refuge, son attitude repose sur le devoir et la détermination à affronter, avec une virilité indomptée, le destin le plus terrible. (Gutenbrunner 1941, p.71)
Gutenbrunner a-t-il éprouvé des sentiments similaires lors de sa propre participation à la guerre ? Il est intéressant de noter la façon dont il représente ici l’union, la continuité culturelle entre les groupes qui se battent contre l’Empire romain et les Vikings, alors que ce même empire a disparu. Durant toute cette période, la nature du Germain serait donc restée fixe, stable, inchangée, une nature foncièrement virile (mannhaft), qui trouverait son milieu idéal dans une guerre menant à la fin du monde (Weltuntergang).
L’histoire que Gutenbrunner nous raconte est en effet une histoire spatialisée, qui « takes place », qui a lieu mais qui prend aussi place. Elle constitue la scène où se joue le destin d’un Germain pur, masculin et indo-européen, qui se sacrifie pour sa communauté et qui trouve dans ce sacrifice le sens de sa vie : une idéologie adaptée à une université de combat (Kampfuniversität), celle que devait être la Reichsuniversität Straßburg.