Chapitre 2 : Les études scandinaves dans « Le grand séminaire de préhistoire et d’Antiquité »
Les études scandinaves faisaient partie d’un regroupement interdisciplinaire des disciplines touchant à l’histoire ancienne, « Le grand séminaire de préhistoire et d’Antiquité ». Ces disciplines doivent montrer la nature profondément germanique du territoire depuis les temps les plus anciens et légitimer ainsi l’annexion de l’Alsace. La structure même du « grand séminaire » correspond parfaitement à cet objectif : il rassemble en effet histoire des religions, histoire ancienne, archéologie classique, préhistoire en rapport avec l’archéologie romaine provinciale (Provinzialrömische Archäologie), littératures et langues gréco-romanes, linguistique comparée et enfin « études des Germains et études scandinaves » (Abteilung für Germanenkunde und Skandinavistik). Les études portant sur les Indo-européens, y compris les « peuples non indo-européens importants pour l’évolution de ces derniers » (aller indogermanischen Völker einschließlich der für die indogermanische Entwicklung wichtigen nichtindogermanischen Völker), les Celtes, les Indiens, ainsi que l’orientalisme, doivent rejoindre l’histoire ancienne : « Cette association doit aller à l’encontre de la focalisation trop étroite sur une discipline. Étudiants et professeurs doivent être conscients du fait que leurs activités disciplinaires font partie intégrante des recherches sur l’histoire et la nature indo-européennes. » (Diese Fächerzusammenfassung soll einer zu engen Beschränkung auf ein Fach entgegenwirken. Dozenten und Studenten sollen sich bewußt sein, daß ihre fachliche Tätigkeit Teilarbeit an der Erforschung indogermanischer Geschichte und indogermanischen Wesen ist. (Hochschulführer 1942, p.77))
Selon cette idéologie, les Indo-européens supposés forment la race dominante de l’Europe et du monde. C’est les Indo-européens qui ont porté le progrès de l’humanité. Malheureusement, certains peuples indo-européens se sont mélangés comme les grecques, les romans, les celtes ; les peuples les plus pur sont, selon cette idéologie, les peuples germaniques. Parmi les peuples germaniques, ce sont les scandinaves qui sont les plus purs. Pour comprendre le Germain, il faut étudier les peuples scandinaves et leurs sources – les sagas islandaises, les Eddas, leur folklore, mœurs et institutions politiques et religieuses. Otto Höfler, professeur pressenti pour la chaire de Strasbourg, écrivait dans ce sens :
De toute évidence, il y a une chose dont nous ne sommes pas assez conscients, c’est le fait que l’unité de la vie historique des Germains a connu moins de ruptures que celle de la plupart des autres peuples : la race nordique, très vite métissée ou même totalement refoulée chez les Celtes, les Grecs, les Italiens, les Slaves, les Perses et les Indiens, est restée dominante chez les Germains. La langue des pays germaniques n’a connu depuis l’origine aucun bouleversement qui soit comparable, même de loin, à ceux dus à la romanisation de la Gaule ou de l’Espagne (Höfler 1938, p.11).
C’est pour cette raison que l’Université a accordé aux responsables de la discipline des fonds importants pour acquérir des livres scandinaves et en créer une bibliothèque d’excellence – entre autres 130.000 couronnes norvégiennes pour des achats en Norvège (= 70.000 RM). Même si ces fonds n’ont pas pu être utilisés intégralement à cause de la guerre et aussi du temps d’activité relativement court, ils forment jusqu’à aujourd’hui une base importante des fonds scandinaves et germaniques à la bibliothèque des langues et d’autres bibliothèques de Strasbourg. Outre ces acquisitions, l'université a également acheté la bibliothèque de Gustav Neckel (1878-1940), éminent philologue reconnu pour son édition de l’Edda poétique (et sympathisant nazi). De nombreuses annotations en allemand dans les livres de notre bibliothèque sont probablement de sa main.